LE DIVAN DE DARWIN

16.11.18

A qui profite la ménopause ?

Source de désagréments voire d’angoisse pour de nombreuses femmes, la ménopause ne fait pourtant pas le malheur de tout le monde, et surtout pas de… nos petits enfants !
           
Il n’existe pas un endroit sur terre qui ne connaisse pas ce phénomène : chez l'humain, ou plutôt chez l'humaine, la capacité de se reproduire prend fin bien avant la fin de la vie, en moyenne 20 ans plus tôt.

Contrairement à la croyance populaire, même si les progrès de la médecine nous permettent de vivre en moyenne plus longtemps, cela ne suffit pas à expliquer un tel décalage entre la fin des capacités reproductives et la fin de la vie. En effet, la ménopause existe depuis bien plus longtemps que nos hôpitaux et nos blouses blanches. De plus, même dans les régions du monde où l’espérance de vie est la plus faible, il existe toujours des chanceuses qui vivront plus longtemps que les autres. Et celles-ci connaitront inévitablement la ménopause autour de l’âge de 45 ans environ.

Mais alors, pourquoi ?

Au niveau physiologique, l’explication réside dans l’épuisement des stocks d’ovules produits par l’organisme. En effet, la quantité d’ovules produite par une femme au cours de sa vie est déterminée dès sa naissance (et même un peu avant !). Quand il n’y en a plus … il n’y en a plus ! C’est la fin des règles, devenues inutiles, et de la possibilité de tomber enceinte de façon naturelle.

Cependant, cela n’explique pas tout !

Comme tout organisme vivant, l’espèce humaine a été façonnée par l’évolution. Cela signifie que, dans un environnement donné, les caractéristiques génétiques qui permettent à un individu (un humain, une fourmi, un brin d’herbe, une bactérie, peu importe) de survivre plus longtemps et d’avoir une progéniture plus nombreuse deviendront plus fréquentes à chaque génération. Et pour cause, cet individu transmettra ses gènes à davantage de nouveaux petits individus, donc ses caractéristiques deviendront de plus en plus représentées dans la population. C’est la théorie de l’évolution (merci Darwin !) 

Revenons-en à présent à la ménopause… selon ce principe, pourquoi est-ce que les femmes avec le plus large stock d’ovules n’auraient-elles pas plus d’enfants et ne seraient-elles pas devenues plus nombreuses que les autres?

Dans ce cas, la ménopause aurait du devenir de plus en plus tardive, voire disparaître au fil de l’évolution humaine. Ce n’est pourtant pas ce que montrent les études scientifiques.

De nombreux biologistes ont étudié ce paradoxe, soit par des simulations à l’aide d’outils mathématiques et numériques, soit en étudiant de larges ensembles de données portant sur la reproduction et la survie dans les populations humaines.

Ils sont parvenus à un même constat biologique : une personne qui ne s'embarrasse plus d'assurer sa propre reproduction après un certain âge aura davantage de temps et d'énergie à consacrer à ses enfants déjà nés et à ses petits-enfants. Grâce à de tels soins, leurs enfants auront eux-mêmes plus d’enfants, qui seront en meilleure santé et auront de plus grandes chances de donner naissance à leur tour.

Après quelques générations, une femme ménopausée aura donc transmis ses gènes à plus de descendants qu’une femme qui aurait continué d’enfanter. Ces gènes, y compris ceux responsables de la ménopause, deviendront ainsi de plus en plus fréquents dans la population !

Et c’est ainsi que la ménopause est devenue la règle chez homo sapiens…

Notons par ailleurs que cette particularité est rare dans le monde animal, puisque nous la partageons seulement avec quelques espèces de baleines. Pourquoi ? Les chercheurs travaillent encore sur cette question !

Sources (publications scientifiques) :
- Hawkes K, O'Connell JF, Jones NB, Alvarez H, Charnov EL. Grandmothering, menopause, and the evolution of human life histories. Proc Natl Acad Sci USA. 1998 Feb 3; 95(3):1336±1339.
- Hawkes K, O'Connell JF, Jones NB, Alvarez H, Charnov EL. Grandmothering, menopause, and the
evolution of human life histories. Proc Natl Acad Sci USA. 1998 Feb 3; 95(3):1336±1339.
- Sear R, Mace R, McGregor IA. Maternal grandmothers improve nutritional status and survival of children in rural Gambia. Proc R Soc Lond B Biol Sci. 2000 Aug 22; 267(1453):1641±1647.
- Aimé, C., André, J. B., & Raymond, M. (2017). Grandmothering and cognitive resources are required for the emergence of menopause and extensive post-reproductive lifespan. PLoS computational biology, 13(7), e1005631.

1.12.12

Qu'est-ce que la psychologie évolutionniste ?


"Mais tu travailles dans un laboratoire de psychologie ? Je croyais que tu faisais de la biologie?!"

"Ah bon, tu as changé de domaine ?"

"Psychologie.. évo... évo-quoi ?"


A tous ceux qui m'ont posé ces questions, je ne peux m'empêcher de vous dédicacer le premier article de ce blog :) En espérant qu'il répondra à vos interrogations !

Alors d'abord, la psychologie évolutionniste, c'est de la psychologie... et de la biologie ! Au diable les barrières soi-disant infranchissables entre les disciplines !

La psychologie, c'est l'étude du comportement humain. Or, nous autres êtres humains sommes des créatures

biologiques.

(Parfois je regrette de ne pas être née à l'époque où un scientifique était "tout simplement" un scientifique, qui essayait de comprendre et faire comprendre le monde qui l'entoure avec tous les outils à sa disposition, sans s'imposer les œillères d'une discipline ou d'une autre. Mais bon, là, je m'éloigne du sujet.)

Je disais donc, faire de la psychologie évolutionniste, c'est essayer d'améliorer notre compréhension du comportement humain en tenant compte des lois de l'évolution.

Des lois de quoi ???

Commençons par le commencement : lorsqu'un être vivant (humain, chien, chat, singe, pic vert, oursin, ver de terre, camélia, l'herbe de votre jardin ou que sais-je encore) se reproduit, il transmet à sa descendance une partie de ses gènes.
Ces gènes contiennent une sorte de programme, un peu comme un programme informatique, qui va déterminer une grande partie de notre morphologie (couleur des cheveux, des yeux, taille...), de notre physiologie, et même certains de nos traits de personnalité (qui dépendent en partie de la génétique et en partie de notre environnement, éducation, etc.).
C'est ce qui fait que l'on a plus de chance de ressembler à son frère ou à sa mère qu'au fils du facteur ! (sauf cas très particuliers, si vous voyez ce que je veux dire ;)

Jusque-là, rien de bien compliqué.
Sauf que le patrimoine génétique ne se transmet pas toujours à l'identique d'une génération à l'autre.
D'abord, chez les espèces qui se reproduisent de manière sexuée (c'est à dire, où il y a des mâles et des femelles), le patrimoine génétique d'un individu est constitué pour moitié de gènes venant de sa mère biologique, et pour l'autre moitié de gènes venant de son père biologique.
Il y a donc recombinaison du patrimoine génétique d'une génération à l'autre.
Sans ça, nous serions tous des clones ! (vous imaginez l'horreur ?).
Ensuite, parce qu'aucune machine n'est parfaite, il arrive que les gènes subissent de petites modifications aléatoires, qu'on appelle mutations (non non, rien à voir avec alien !!).

Maintenant, imaginez une population de papillons blancs  sur un mur blanc.
Imaginez  qu'un papillon "mutant", rouge par exemple, trône fièrement au milieu de ses congénères. De part sa visibilité, il y a fort à parier qu'il sera la première victime si un prédateur passait par là. S’il n'a pas survécu assez longtemps pour se reproduire, le gène mutant "rouge" disparaitra, ce sera la fin des papillons rouges dans cette population.

Et maintenant, imaginez la même situation sur un mur rouge.
Notre ami papillon rouge, bien camouflé par sa couleur, devrait vivre bien plus longtemps. Il sera "avantagé" dans cet environnement. Il va pouvoir tranquillement se reproduire, et donner naissance à plein d'autres papillons rouges. 
Résultat : A la génération suivante, il n'y aura plus un seul, mais plusieurs papillons rouges.


Tout ca pour vous dire, que lorsqu'un trait (ici, la couleur) varie entre les individus d'une population (ici, notre groupe de jolis papillons), et se transmet de génération en génération, ce trait pourra "évoluer". En fait, ce qui évolue, c'est la fréquence (ou proportion) des différentes variantes de ce trait (ici, blanc ou rouge) dans la population: une variante qui permet à l'individu de survivre plus longtemps dans son milieu, et surtout de se reproduire davantage, aura tendance à devenir de plus en plus fréquente génération après génération. Elle sera "sélectionnée".
Bien sûr, le fait qu'un trait soit sélectionné ou pas dépend fortement de son environnement : on l'a vu ici, la couleur rouge du papillon a pu être sélectionnée ou pas en fonction de la couleur du mur.

Donc ça, c'était pour la partie "Evolution" !
Bien sûr, c'est vraiment résumé, mais j'espère que ça vous donne une idée. Si vous êtes vraiment déterminés à en savoir plus, vous pouvez toujours lire "l'origine des espèces" de Charles Darwin... aller, interro à la fin de l'article ! (Je plaisante, ne fuyez pas tout de suite ^^)

Maintenant, me direz-vous, qu'est-ce que cela à avoir avec la psychologie humaine ?

C'est simple : Nous aussi, comme les papillons, nous avons un programme génétique. Donc  imaginez qu'un comportement soit (au moins en partie) influencé par nos gènes, que ce comportement soit variable entre les individus d'une population, et qu'il influence la survie de l'individu ou sa probabilité de se reproduire... vous commencez à voir où je veux en venir ?

Eh oui, l'idée de base de la psychologie évolutionniste, c'est que certains de nos comportements sont le résultat de millions d'années d'évolution chez nos ancêtres, dans une multitude d'environnements variés. Tout au long de notre histoire évolutive, certains comportements ont été sélectionnés, ont évolué, entrainant une meilleure adaptation des populations à leur environnement.

Et cette histoire évolutive a abouti aux caractéristiques comportementales complexes des humains actuels. Il en est bien sûr de même pour les traits morphologiques et physiologiques.

Mais alors, qu'est-ce qu'il nous reste de cette histoire évolutive ?

C'est ce que vous découvrirez dans les prochains articles de ce blog...

Mais voici déjà un aperçu de quelques thèmes pour vous mettre l'eau à la bouche:

Pourquoi lui / pourquoi elle ? Le mystère de l'attirance pour une personne plutôt qu'une autre enfin révélé !

Pourquoi les hommes sont-ils (en moyenne) de taille plus grande que les femmes ?

Pourquoi certains comportements diminuant (a priori) la probabilité de se reproduire se maintiennent néanmoins dans la population ? (par exemple, la préférence exclusive pour les personnes du même sexe)

Pourquoi les jeunes prennent-ils plus de risques ?

En quoi la dépression est-elle utile ?

Et bien d'autre choses encore !!
Alors, à bientôt !
Carla